Discours de Fleur Pellerin au Forum pour un nouveau modèle économique de partenariat entre l’Afrique et la France

J’ai assisté hier au Forum pour un nouveau modèle économique de partenariat entre l’Afrique et la France, organisé à l’occasion du Sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique (6 et 7 décembre 2013, à Paris).

Six cents participants, chefs d’entreprises, membres de gouvernement africains, représentants d’organisations régionales africaines et dirigeants d’institutions financières ont assisté au Forum, entièrement consacré au thème des partenariats économiques, industriels et financiers entre entreprises africaines et françaises.

Fleur Pellerin, ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, chargée des petites et moyennes entreprises, de l’innovation et de l’économie numérique, s’est exprimé devant les participants :

  • Discours de Fleur Pellerin (4 décembre 2013) 

Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs

C’est un grand privilège pour moi d’être parmi vous aujourd’hui et de m’adresser à une assemblée si prestigieuse. J’aimerais tirer parti de cette opportunité pour aborder un sujet décisif pour l’avenir de nos pays et de notre relation commune, qui n’a pas encore été traité aujourd’hui, celui du numérique.

Le développement du numérique sous toutes ses formes représente clairement, pour tous nos pays, l’un des enjeux majeurs du XXIème siècle. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des vecteurs incontournables de transformation économique et sociale en Europe comme sur le continent africain. L’importance singulière du numérique tient à sa transversalité : il est une force de changement qui innerve un grand nombre d’activités et les bouleverse en profondeur.

Je ne suis pas pour autant béate devant les technologies : ce qui compte, c’est bien entendu l’usage que nous en faisons, au service du progrès social, au service de l’humain !

Les effets de la diffusion du numérique sur le développement économique ne fait pas de doute. Une étude de la Banque mondiale montre par exemple qu’une croissance de 10% de la pénétration de la téléphonie mobile en Afrique subsaharienne engendre 1,2 point de croissance économique supplémentaire. Mais son intérêt est surtout social : le numérique peut permettre d’atténuer, voire de dépasser, les barrières d’accès à l’information, aux biens et aux services, qu’elles soient d’ordre physique, financier ou culturel. Le numérique, c’est un formidable outil de décloisonnement !

Jusqu’ici, la mise en œuvre du numérique au service du développement était entravée par les limites des infrastructures et des équipements disponibles. Toutefois l’essor rapide des téléphones mobiles constitue une opportunité nouvelle pour l’utilisation à grande échelle des applications numériques. Aujourd’hui, 90% de la population mondiale a accès à un réseau de téléphonie mobile et le taux d’équipement en téléphone portable en Afrique a progressé de 50% en dix ans.

Avec cette généralisation des téléphones mobiles, le rôle du numérique en tant que « passeur » du développement apparait de manière éclatante : des technologies de pointe sont pour la première fois massivement accessibles, avec des applications aussi nombreuses qu’utiles.

Cette évolution est source d’innovations inattendues, qui répondent à de vrais problèmes quotidiens, le numérique ce n’est ni la sophistication ni les gadgets, comme nous le montre la réussite de l’initiative M-PESA. Créé en 2007 par Safaricom, principal opérateur télécom kenyan, c’est un système qui permet de transférer de l’argent sans compte bancaire, via une interface mobile simple. Trois ans après sa création, il comptait plus de 13 millions de clients et était utilisé par près de 40% de la population kenyane.

Et j’aurais pu prendre d’autres exemples, de la M-Farm à Nairobi, une application pour qu’un agriculteur connaisse le prix de ce qu’il vend sur un marché à Manobi au Sénégal, un service de géolocalisation renseignant par exemple l’état des pompes à eau. Tous sont des beaux exemples de l’innovation numérique par les usages : des innovations locales, qui ont émergé en Afrique, qui proposent d’abord et avant tout des solutions nouvelles à de vrais problèmes ! C’est l’innovation numérique telle que je l’aime !

Il est donc urgent que nous soutenions collectivement et massivement le numérique, en encourageant la formation de partenariats dans des domaines clés d’application du numérique comme l’éducation, la santé ou l’e-administration, associant secteurs public et privé. Il faut désormais changer d’échelle à travers une collaboration ambitieuse qui profitera à l’ensemble des parties prenantes.

J’ai réuni le mois dernier, à l’occasion d’une conférence sur la transition numérique en Afrique organisée à Paris, dix de mes homologues africains pour échanger sur les perspectives de coopération entre nos pays dans le numérique. Au cours d’un déjeuner informel, les participants ont partagé leurs expériences des opportunités et des difficultés de la diffusion du numérique en Afrique.

Je retiens de nos échanges la multiplicité des points de convergence autour de quelques sujets majeurs : projets d’infrastructures, accès au financement, problématiques industrielles, développement d’un tissu d’entreprises et des usages.

Lors de cette réunion le 7 novembre, nous avons conclu que nous partagions collectivement la même ambition de développer notre relation dans le numérique. Nous avons alors convenu que la première traduction concrète de cette volonté commune serait l’organisation en 2014 sur le continent africain d’un grand événement dédié au numérique, des infrastructures aux usages, rassemblant l’ensemble des acteurs publics et privés concernés.

J’espère pourvoir compter sur votre soutien et votre implication pour mener à bien ce grand projet mobilisateur, qui s’inscrit parfaitement dans la vision du Président de la République des relations entre le continent africain et la France. Ce sont les nouveaux services et les nouveaux usages numériques qui formeront le socle de la modernisation de nos économies, c’est tout aussi vrai en Afrique qu’en Europe. Ils constituent un formidable levier pour le développement des pays, pour la croissance et le rapprochement entre les peuples et il est capital que nous accordions à ce sujet l’importance qu’il mérite.

Merci de votre attention.

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